Accueillir un alternant ou un stagiaire suppose de désigner quelqu’un pour l’encadrer. Selon le contrat, cette personne s’appelle tuteur ou maître d’apprentissage, et les obligations qui pèsent sur elle ne sont pas les mêmes. Voici ce que l’employeur doit savoir avant de signer.
Tuteur ou maître d’apprentissage : deux statuts distincts
Le maître d’apprentissage encadre un apprenti en contrat d’apprentissage. Sa désignation est obligatoire et ses conditions d’exercice sont encadrées par le code du travail.
Le tuteur accompagne un salarié en contrat de professionnalisation ou un stagiaire. Sa désignation est fortement recommandée dans le premier cas, obligatoire pour l’accueil d’un stagiaire, où l’on parle de tuteur de stage.
Dans les deux cas, la personne désignée doit être volontaire. Un tutorat imposé fonctionne rarement, et l’entreprise en supporte le coût sous forme d’un alternant mal formé.
Les conditions à remplir
Pour un maître d’apprentissage, deux voies alternatives : être titulaire d’un diplôme au moins équivalent à celui préparé par l’apprenti et justifier d’un an d’expérience dans le métier, ou justifier de deux ans d’expérience dans une activité en rapport avec la qualification visée, sans condition de diplôme.
Le nombre d’apprentis suivis simultanément est limité : deux apprentis au maximum par maître d’apprentissage, plus un éventuel redoublant.
Pour un tuteur de stage, la règle porte sur le nombre : un tuteur ne peut suivre plus de trois stagiaires en même temps.
Le chef d’entreprise peut lui-même assurer ce rôle s’il remplit les conditions, ce qui est courant dans les TPE.
Ce qu’on attend concrètement du tuteur
- Accueillir et intégrer : présenter l’entreprise, l’équipe, les règles de sécurité, le poste de travail.
- Organiser la progression : confier des missions qui montent en difficulté, en lien avec le référentiel du diplôme préparé.
- Assurer le lien avec le centre de formation : c’est le point le plus souvent négligé, alors que c’est lui qui permet de rattraper une difficulté avant l’évaluation.
- Évaluer : participer aux bilans, renseigner le livret d’apprentissage, se rendre disponible pour les visites du formateur.
- Faire le point régulièrement, idéalement un point court chaque semaine plutôt qu’un entretien long chaque trimestre.
Le temps que ça prend, et comment le financer
C’est la variable sous-estimée. Un tutorat sérieux représente en moyenne deux à quatre heures par semaine les premiers mois, davantage sur un métier technique ou réglementé. Ce temps doit être reconnu dans la charge de travail du tuteur, sans quoi il se fera au détriment de l’un ou de l’autre.
Plusieurs financements existent. Les OPCO prennent en charge la formation au tutorat, généralement deux jours, ainsi qu’une partie de l’exercice de la fonction tutorale, dans des limites fixées par branche. Certaines branches prévoient une prime ou une majoration versée au tuteur.
Côté salarié, la fonction peut être valorisée dans l’entretien professionnel et constituer une étape reconnue dans un parcours d’évolution interne.
Ce qui fait échouer un tutorat
Trois causes reviennent systématiquement. Le tuteur désigné d’office, qui n’a ni le temps ni l’envie. L’absence de progression, avec un alternant cantonné aux mêmes tâches pendant un an. Et la rupture du lien avec le centre de formation, qui laisse découvrir les difficultés au moment de l’examen.
À l’inverse, ce qui fonctionne tient à peu de choses : un planning de missions écrit dès le premier mois, un point hebdomadaire de quinze minutes, et un tuteur qui a été formé à l’exercice plutôt que laissé à son intuition.


