Comment relancer une facture impayee ?

Une facture impayée pèse directement sur votre trésorerie et sur votre besoin en fonds de roulement. Dans la plupart des cas, un rappel bien mené suffit à débloquer le règlement sans abîmer la relation commerciale. Encore faut-il relancer au bon moment et selon une progression claire, de la relance amiable jusqu’aux recours prévus par la loi.

Voici en résumé la marche à suivre pour relancer une facture impayée :

  1. Vérifiez l’échéance, le montant et la bonne réception de la facture avant toute relance.
  2. Envoyez une première relance par email quelques jours après l’échéance, sur un ton courtois.
  3. Passez un appel téléphonique si l’email reste sans réponse au bout d’une semaine.
  4. Adressez une relance ferme rappelant les pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de 40 euros.
  5. Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception.
  6. Engagez un recours comme l’injonction de payer, en dernier ressort seulement.

Relance amiable ou recouvrement judiciaire : quelle différence ?

La relance amiable regroupe toutes les démarches que vous menez directement auprès de votre client pour obtenir le paiement à l’amiable : email, appel, courrier de rappel puis mise en demeure. C’est la première étape, la moins coûteuse et celle qui préserve la relation commerciale.

Le recouvrement judiciaire intervient uniquement lorsque l’amiable a échoué. Vous saisissez alors un tribunal ou un commissaire de justice pour contraindre le débiteur à payer. Cette voie est plus longue et engage des frais, d’où l’intérêt de traiter la grande majorité des retards en amont, par des relances régulières et documentées.

Quand envoyer la première relance ?

Le bon réflexe consiste à relancer dès le lendemain de l’échéance, sans attendre. Un retard qui s’installe devient plus difficile à récupérer, car il se noie dans la comptabilité du client. En pratique, respectez ce calendrier de relance :

  • Quelques jours avant l’échéance : un rappel préventif de courtoisie, très efficace pour éviter l’oubli.
  • Jour de l’échéance dépassée : première relance écrite, factuelle et bienveillante.
  • 7 à 10 jours après : deuxième relance par email doublée d’un appel téléphonique.
  • 15 jours après : relance ferme mentionnant les pénalités et l’indemnité forfaitaire.
  • Au-delà de 30 jours : mise en demeure par lettre recommandée.

Rappelons le cadre légal : entre professionnels, le délai de paiement est de 30 jours après réception à défaut d’accord, sans pouvoir dépasser 60 jours à compter de l’émission de la facture ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit. Passé ce délai, le paiement est exigible et la relance parfaitement légitime.

La relance amiable par email : comment la formuler ?

L’email reste le canal le plus utilisé, car il laisse une trace écrite datée. Restez factuel et professionnel, sans agressivité au premier rappel. Une relance efficace contient toujours : la référence et le numéro de facture, le montant dû, la date d’échéance dépassée et un moyen simple de régler ou de vous répondre.

Modèle de première relance :

Objet : Rappel, facture n° [numéro] échue le [date]

Madame, Monsieur,

Sauf erreur ou omission de notre part, la facture n° [numéro] d’un montant de [montant] euros, échue le [date], demeure impayée à ce jour. Il s’agit probablement d’un simple oubli. Nous vous remercions de bien vouloir procéder au règlement sous huit jours ou de nous indiquer la date prévue. Nous restons à votre disposition pour tout renseignement.

Pour la deuxième puis la troisième relance, montez progressivement en fermeté. La dernière relance écrite doit clairement annoncer que, faute de règlement rapide, une mise en demeure suivra.

La relance téléphonique : bien la préparer

Quand l’écrit ne suffit pas, le téléphone débloque souvent la situation, car il permet un échange direct et l’identification d’un éventuel litige. Préparez votre appel : ayez la facture sous les yeux, un objectif clair (obtenir une date de paiement) et une trace écrite à envoyer juste après.

  • Identifiez le bon interlocuteur, souvent le service comptabilité.
  • Rappelez calmement les faits : numéro, montant et date d’échéance.
  • Cherchez la cause du retard : facture perdue, litige, difficulté de trésorerie.
  • Obtenez un engagement daté puis confirmez-le par email le jour même.

Un appel bien mené vaut souvent plusieurs emails. Il montre aussi à votre client que vous suivez vos encours de près, ce qui vous replace en tête de la file des créanciers à régler.

Pénalités de retard et indemnité forfaitaire : ce que dit la loi

Entre professionnels, tout retard de paiement ouvre droit à des pénalités de retard sans qu’un rappel soit nécessaire. Leur taux figure normalement dans vos conditions générales de vente. À défaut de mention, le taux applicable correspond au taux directeur de la Banque centrale européenne majoré de 10 points. Ce taux ne peut être inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal.

À ces pénalités s’ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros, due de plein droit et par facture impayée. Si vos frais réels de recouvrement dépassent ce montant, vous pouvez en demander le complément sur justificatifs. Mentionner ces sommes dans votre relance ferme a un vrai effet dissuasif, car elle rappelle au débiteur que le retard a un coût.

La mise en demeure : le dernier acte amiable

La mise en demeure est le point de bascule entre l’amiable et le judiciaire. Il s’agit d’un courrier formel, envoyé en lettre recommandée avec accusé de réception, qui somme officiellement le client de payer dans un délai précis. Elle fait courir les intérêts et constitue une pièce essentielle pour tout recours ultérieur.

Votre mise en demeure doit comporter des mentions obligatoires : la date, le titre explicite « mise en demeure de payer », vos coordonnées et celles du débiteur, le détail de la créance (facture, montant, échéance), le délai accordé pour régler et la mention des poursuites envisagées en l’absence de paiement. Conservez précieusement l’accusé de réception, car il prouve que le débiteur a bien été mis en demeure.

Quels recours si le client ne paie toujours pas ?

Si la mise en demeure reste sans effet, plusieurs voies de recouvrement judiciaire s’offrent à vous. Le choix dépend du montant, du caractère contesté de la créance et de l’urgence.

Voie de recouvrement Cas d’usage Devant qui ? Particularité
Procédure de recouvrement des petites créances Créance jusqu’à 5 000 euros Commissaire de justice Rapide, mais nécessite l’accord du débiteur
Injonction de payer Créance certaine, exigible et non contestée Tribunal de commerce ou tribunal judiciaire Ordonnance obtenue sans audience
Assignation en paiement Montant élevé ou créance contestée Tribunal compétent Procédure plus longue, avec débat contradictoire

Pour la plupart des retards, l’injonction de payer reste la solution la plus courante. Vous déposez une requête auprès du tribunal compétent avec vos justificatifs (facture, bon de commande, mise en demeure). Si le juge la valide, il rend une ordonnance que le commissaire de justice signifie au débiteur puis fait exécuter. Pour les créances jusqu’à 5 000 euros, la procédure simplifiée conduite par un commissaire de justice permet souvent d’aboutir plus vite.

Comment éviter les impayés en amont ?

Le meilleur recouvrement reste celui que vous n’avez pas à engager. Quelques bonnes pratiques réduisent nettement le risque d’impayés :

  • Vérifiez la solvabilité de tout nouveau client important avant de facturer.
  • Soignez vos conditions générales de vente : délais, pénalités et clause de réserve de propriété.
  • Facturez sans délai et vérifiez chaque mention obligatoire pour éviter tout prétexte de contestation.
  • Demandez un acompte sur les commandes importantes ou les nouveaux clients.
  • Suivez vos encours chaque semaine et relancez de façon systématique, jamais au cas par cas.

Cas concret : une PME de services attendait 60 jours avant de relancer, par gêne. En instaurant un rappel préventif trois jours avant l’échéance puis une relance automatique dès le premier jour de retard, elle a réduit son délai moyen d’encaissement de près de deux semaines, sans perdre un seul client. La régularité prime toujours sur la fermeté.

L’erreur à éviter : attendre « que ça se règle tout seul ». Chaque semaine de retard supplémentaire diminue vos chances d’être payé et rapproche la créance du délai de prescription de 5 ans applicable entre professionnels. Relancer tôt n’est pas agressif, c’est simplement professionnel.

Les questions fréquentes

Combien de relances faut-il envoyer avant d’agir ?

En général, deux à trois relances amiables suffisent : une première courtoise, une deuxième plus ferme doublée d’un appel puis une mise en demeure. Inutile de multiplier les rappels sans réponse, car passer à l’écrit recommandé donne plus de poids à votre démarche.

Une relance par email a-t-elle une valeur juridique ?

Oui, l’email constitue une preuve écrite datée de votre démarche. Il reste toutefois moins solide qu’une lettre recommandée avec accusé de réception, seule à même de prouver formellement la mise en demeure. Conservez donc tous vos échanges.

Puis-je facturer des pénalités même sans les avoir prévues ?

Oui, entre professionnels les pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de 40 euros sont dues de plein droit, même en l’absence de mention dans vos conditions de vente. À défaut de taux prévu, le taux légal majoré s’applique automatiquement.

Quel est le délai pour réclamer une facture impayée ?

Entre professionnels, le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d’exigibilité de la facture. Au-delà, vous ne pouvez plus contraindre le client à payer. Mieux vaut donc engager vos recours bien avant cette limite.

Le recours à un tiers est-il obligatoire pour recouvrer ?

Non, vous pouvez mener toute la relance amiable vous-même. Un commissaire de justice ou un professionnel du recouvrement devient utile pour la mise en demeure formelle ou les procédures judiciaires, lorsque le dialogue direct n’a rien donné.

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