Pour rédiger un règlement intérieur d’entreprise, l’employeur fixe seul le texte mais il doit ensuite consulter le CSE, le transmettre à l’inspecteur du travail, le déposer au greffe du conseil de prud’hommes puis le rendre accessible aux salariés. Le document doit contenir trois blocs obligatoires : les règles de santé et de sécurité, les règles de discipline avec l’échelle des sanctions et les dispositions sur les droits de la défense des salariés. Il entre en vigueur un mois après l’accomplissement des formalités de dépôt et de publicité.
Le règlement intérieur est-il obligatoire ?
Il est obligatoire dans les entreprises d’au moins 50 salariés. Dans les structures plus petites, il reste facultatif, ce qui n’empêche pas d’en adopter un pour cadrer les pratiques. Lorsque l’effectif franchit le seuil de 50 salariés, un délai est laissé à l’employeur pour l’établir : vérifiez le seuil exact et la durée du délai dans le Code du travail (partie sur le règlement intérieur) avant d’agir.
Sans règlement intérieur, un employeur ne peut pas toujours sanctionner un comportement qui n’a pas été prévu : l’échelle des sanctions disciplinaires doit figurer dans un texte porté à la connaissance des salariés. Pour les entreprises de moins de 50 salariés, un document interne (charte, note de service) peut compléter le contrat de travail et la convention collective mais il ne remplace pas un règlement intérieur régulier.
Que doit contenir un règlement intérieur ?
Le contenu est encadré par la loi. Le règlement intérieur ne peut traiter que de certains sujets. Les trois blocs obligatoires sont les suivants.
- Hygiène et sécurité : mesures d’application de la réglementation, consignes d’incendie et d’évacuation, port des équipements de protection individuelle, conditions d’utilisation des machines, interdiction ou encadrement de l’alcool, éventuellement du tabac et de la vape selon les locaux.
- Discipline : règles générales et permanentes (horaires, absences, usage du matériel et des outils informatiques, confidentialité, respect des collègues) et nature et échelle des sanctions : avertissement, blâme, mise à pied, mutation, rétrogradation, licenciement. Seules les sanctions listées dans le règlement peuvent être appliquées.
- Droits de la défense : rappel de la procédure disciplinaire (convocation, entretien préalable, assistance, délais, notification) et des garanties du salarié, y compris la possibilité de contester une sanction.
Le règlement doit aussi rappeler les dispositions relatives à l’interdiction du harcèlement moral et sexuel ainsi que des agissements sexistes, avec les voies de recours et les sanctions encourues. Il peut en outre mentionner l’existence d’une procédure d’alerte interne, selon la taille de l’entreprise et la réglementation applicable.
Quelles clauses sont interdites ?
Un règlement intérieur ne peut pas tout prévoir. L’inspecteur du travail, le conseil de prud’hommes ou le juge administratif peuvent écarter des clauses jugées illicites. Les principales interdictions :
- les restrictions aux droits des personnes et aux libertés individuelles qui ne sont pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ;
- les amendes et sanctions pécuniaires : retenir une somme sur le salaire à titre de sanction est interdit ;
- les clauses discriminatoires selon l’origine, le sexe, les mœurs, l’âge, la situation de famille, l’appartenance syndicale, les convictions religieuses ou politiques, l’état de santé ou le handicap ;
- les clauses contraires aux lois, aux règlements, à la convention collective ou aux accords applicables ;
- les sanctions ou procédures non prévues par la loi.
Pour la neutralité religieuse ou les règles sur la vie privée (réseaux sociaux, tenue vestimentaire), une clause générale et absolue est risquée. Elle doit être justifiée, proportionnée et limitée aux situations qui le requièrent réellement (contacts avec la clientèle, exigences de sécurité, par exemple).
Qui rédige le règlement intérieur ?
La rédaction relève de l’employeur seul. C’est un acte unilatéral : le CSE ne cosigne pas, il donne un avis. Dans la pratique, la direction s’appuie souvent sur un avocat en droit social, l’expert-comptable ou un service RH pour sécuriser le texte. Un modèle (Word ou PDF) fournit une trame utile, à condition d’être adapté à votre convention collective, à votre activité et à vos locaux. Un modèle copié sans personnalisation passe souvent à côté des risques spécifiques de l’entreprise ou contient des clauses périmées.
Les étapes pour mettre en place un règlement intérieur
- Rédiger le projet : sécurité, discipline, droits de la défense, avec les spécificités de l’entreprise.
- Consulter le CSE : l’employeur lui soumet le projet pour avis. Pour les questions d’hygiène et de sécurité, la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), si elle existe, est également concernée. L’avis n’est pas contraignant mais son absence rend la procédure irrégulière.
- Transmettre à l’inspecteur du travail : le projet est communiqué à l’inspection du travail avec l’avis du CSE. L’inspecteur peut demander le retrait ou la modification des clauses illicites.
- Déposer au greffe du conseil de prud’hommes : le dépôt s’effectue au greffe du ressort de l’entreprise (une procédure en ligne existe, à vérifier sur le site officiel).
- Assurer la publicité : affichage à l’emplacement réservé aux communications avec le personnel et à la porte des locaux où s’effectue l’embauche. Beaucoup d’entreprises ajoutent une remise individuelle ou une diffusion numérique, utile pour apporter la preuve.
- Attendre l’entrée en vigueur : un mois après l’accomplissement des formalités de dépôt et de publicité.
Toute modification ultérieure suit la même procédure : nouvel avis du CSE, nouvelle transmission, nouveau dépôt, nouvelle publicité. Conservez les preuves de chaque étape, car en cas de litige, la sanction prise sur la base d’un règlement mal adopté peut être annulée.
Dans quelle langue rédiger le document ?
Le règlement intérieur doit être rédigé en français. Si une partie du personnel est étrangère ou travaille à l’étranger, une traduction peut être jointe pour faciliter la compréhension mais le texte de référence reste la version française.
Plan type d’un règlement intérieur
| Partie | Contenu |
|---|---|
| Préambule | Champ d’application (salariés, intérimaires, stagiaires), lieux concernés |
| Santé et sécurité | Consignes d’incendie, équipements de protection, accidents, alcool et substances, exercice du droit de retrait |
| Organisation du travail | Horaires, retards, absences, accès aux locaux, usage des outils numériques et du matériel |
| Respect des personnes | Harcèlement moral et sexuel, agissements sexistes, discrimination, procédure de signalement |
| Discipline | Échelle des sanctions |
| Droits de la défense | Procédure disciplinaire, entretien préalable, assistance |
| Entrée en vigueur | Date, modalités de publicité, révision |
Les erreurs fréquentes
- Oublier la consultation du CSE avant le dépôt, ce qui rend la procédure irrégulière.
- Copier un modèle sans l’adapter à la convention collective ou à l’activité.
- Prévoir des amendes ou des retenues sur salaire.
- Introduire des interdictions générales sur les tenues, les opinions ou la vie privée, sans justification.
- Omettre la preuve de l’affichage, du dépôt ou de la transmission à l’inspecteur du travail.
- Ne jamais le mettre à jour : une réforme du Code du travail ou un changement d’organisation peut rendre des clauses obsolètes.
Que risque l’employeur en cas de non-conformité ?
Un règlement irrégulier ou contenant des clauses illicites est inopposable aux salariés : l’employeur ne peut pas s’en prévaloir pour sanctionner. Les clauses illégales peuvent être annulées et la sanction prononcée sur leur fondement peut être contestée devant le conseil de prud’hommes. L’inspecteur du travail peut enjoindre à l’employeur de retirer ou de modifier les dispositions contraires à la loi. Des sanctions pénales sont également prévues par le Code du travail en cas de manquement à certaines formalités.
Questions fréquentes
Où trouver un modèle de règlement intérieur ?
Plusieurs organismes publient des trames gratuites : ministère du Travail, chambres de commerce, organisations professionnelles, éditeurs juridiques. Un modèle ne dispense jamais d’une adaptation à votre entreprise et d’une relecture par un professionnel.
Faut-il un règlement intérieur dans une entreprise de moins de 10 salariés ?
Non, ce n’est pas obligatoire. Vous pouvez en rédiger un si vous souhaitez formaliser les règles de sécurité et de discipline. Dans ce cas, respectez les mêmes limites de contenu.
Le règlement intérieur doit-il être affiché ?
Oui. L’affichage fait partie de la publicité, avec le dépôt au greffe. Il doit se faire dans les lieux où les salariés ont accès à l’information.
Comment modifier un règlement intérieur existant ?
En reprenant la procédure : projet de modification, avis du CSE, communication à l’inspecteur du travail, dépôt, publicité et entrée en vigueur un mois plus tard.



