Les conditions générales de vente (CGV) sont le socle contractuel qui encadre chaque vente entre votre entreprise et vos clients. Bien rédigées, elles vous protègent en cas de litige, clarifient les droits de chacun et rassurent l’acheteur. Pour construire des CGV solides, réunissez au minimum les éléments suivants :
- L’identité du vendeur : raison sociale, adresse, numéro SIREN, coordonnées de contact.
- Le prix et les modalités de paiement : montant, taxes, moyens et délais de règlement.
- La livraison : délais, frais, transfert du risque au client.
- Le droit de rétractation pour les ventes à distance aux particuliers.
- Les garanties légales de conformité et des vices cachés.
- Les pénalités de retard et l’indemnité de recouvrement entre professionnels.
- Le règlement des litiges et le droit applicable.
Voyons maintenant, point par point, comment rédiger un document réellement opposable et adapté à votre activité.
À quoi servent les conditions générales de vente ?
Les CGV constituent le cadre juridique de la relation commerciale. Elles fixent par avance les règles du jeu afin d’éviter les malentendus une fois la commande passée. Concrètement, elles remplissent trois fonctions complémentaires.
- Informer le client avant l’achat sur les caractéristiques de l’offre, le prix et les conditions de la vente.
- Protéger le vendeur en encadrant sa responsabilité, ses délais de paiement et les modalités de résolution des conflits.
- Sécuriser la transaction en servant de preuve écrite si un désaccord est porté devant un tribunal.
Dans les relations entre professionnels, les CGV sont même qualifiées de « socle unique de la négociation commerciale » par le Code de commerce. Autrement dit, elles servent de base de départ à toute discussion tarifaire. Un document clair vous évite ainsi de renégocier chaque point à chaque commande.
Les CGV sont-elles obligatoires ?
La réponse dépend de votre type de clientèle. Le régime n’est pas le même selon que vous vendez à des particuliers ou à d’autres entreprises.
La vente aux particuliers (B2C)
Face à un consommateur, la communication des CGV est obligatoire. L’article L. 111-1 du Code de la consommation impose au professionnel de délivrer une information claire avant la conclusion du contrat : caractéristiques du bien ou du service, prix, date de livraison, identité du vendeur. Pour la vente en ligne, ces informations doivent être accessibles en permanence et acceptées par l’acheteur avant le paiement. Un manquement expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.
La vente entre professionnels (B2B)
Entre professionnels, l’entreprise n’a pas à publier spontanément ses CGV. En revanche, l’article L. 441-1 du Code de commerce l’oblige à les communiquer à tout client professionnel qui en fait la demande. Le refus de communication est sanctionné par une amende administrative qui peut atteindre 15 000 euros pour une personne physique et 75 000 euros pour une personne morale. Rédiger ses CGV reste donc vivement recommandé, même en l’absence d’obligation d’affichage systématique.
Quelles clauses faire figurer dans vos CGV ?
Certaines mentions sont incontournables, d’autres dépendent de votre activité. Voici les clauses à ne pas oublier.
Le prix et les conditions de paiement
Indiquez le prix en euros toutes taxes comprises pour les particuliers, ou hors taxes pour les professionnels, ainsi que les éventuels frais annexes. Précisez les moyens de paiement acceptés, le moment du règlement et, le cas échéant, les conditions d’un acompte. Mentionnez aussi votre politique de remises ou de rabais si vous en pratiquez.
La livraison et le transfert de risque
Détaillez les délais de livraison, les frais de port, la zone géographique couverte et le moment où le risque de perte est transféré au client. Pour un consommateur, la loi impose une livraison dans un délai maximal de 30 jours lorsque aucune date n’a été convenue.
Le droit de rétractation
Pour toute vente à distance à un particulier (site e-commerce, vente par téléphone), le client dispose d’un délai de rétractation de 14 jours à compter de la réception du produit. Vos CGV doivent rappeler ce droit, sa durée, les modalités pour l’exercer et les exceptions prévues par la loi : produits personnalisés, biens périssables, contenus numériques téléchargés. Entre professionnels, ce droit ne s’applique pas de plein droit.
Les garanties légales
Vous devez informer le consommateur de la garantie légale de conformité de 2 ans et de la garantie des vices cachés. Ces garanties s’imposent quel que soit le contenu de vos CGV : vous ne pouvez pas les écarter face à un particulier. Vous restez libre de proposer une garantie commerciale complémentaire, à condition d’en préciser l’étendue.
Les pénalités de retard entre professionnels
Vos CGV doivent préciser le taux des pénalités de retard applicable lorsqu’un client professionnel paie en retard. À défaut d’indication, la loi retient le taux d’intérêt de la Banque centrale européenne majoré de 10 points. S’ajoute une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture impayée. Rappelez également que le délai de paiement ne peut dépasser 60 jours à compter de la date de la facture, ou 45 jours fin de mois.
Le règlement des litiges et le droit applicable
Précisez le droit applicable (le plus souvent le droit français) et le tribunal compétent en cas de conflit. Face à un consommateur, vous devez aussi indiquer la possibilité de recourir à un médiateur de la consommation et fournir ses coordonnées.
La protection des données personnelles (RGPD)
Dès que vous collectez des données clients (nom, adresse, e-mail), vos CGV doivent renvoyer vers une information conforme au RGPD : finalité du traitement, durée de conservation, droits d’accès et de suppression. En pratique, il est plus lisible de traiter ce point dans une politique de confidentialité distincte à laquelle les CGV font référence.
Comment rédiger vos CGV étape par étape ?
- Identifiez votre clientèle : particuliers, professionnels ou les deux. Le contenu obligatoire en dépend directement.
- Décrivez précisément votre offre : nature des produits ou des prestations, caractéristiques essentielles, options disponibles.
- Formalisez le processus de commande : étapes, validation, confirmation, moment de formation du contrat.
- Fixez les conditions financières : prix, paiement, facturation, pénalités.
- Encadrez la livraison et l’après-vente : délais, retours, garanties, service client.
- Ajoutez les clauses de protection : responsabilité, force majeure, propriété intellectuelle, litiges.
- Faites relire le document par un professionnel du droit avant de le publier.
Où afficher vos CGV et comment les faire accepter ?
Des CGV ne produisent d’effet que si elles sont opposables, c’est-à-dire portées à la connaissance du client et acceptées par lui avant l’achat. Selon votre canal de vente, plusieurs supports conviennent.
- Sur un site e-commerce : une page dédiée accessible depuis chaque page, avec une case à cocher obligatoire au moment de la commande.
- En vente physique ou sur devis : au dos du bon de commande, du devis ou de la facture, avec la signature du client.
- En prestation de services : annexées au contrat signé par les deux parties.
Prenons un exemple concret : un artisan qui envoie un devis par e-mail a intérêt à y intégrer un lien vers ses CGV et à demander une mention « bon pour accord » avant de commencer les travaux. En cas d’impayé, il pourra ainsi invoquer les pénalités prévues. La simple présence des CGV sur votre site ne suffit pas : vous devez pouvoir prouver que le client les a acceptées. C’est ce qui les rendra valables devant un juge.
Quand et comment mettre à jour vos CGV ?
Des CGV ne sont pas un document figé. Vous devez les réviser régulièrement pour rester conforme et pertinent. Pensez à les actualiser dans les situations suivantes :
- évolution de la réglementation (droit de la consommation, RGPD, délais de paiement) ;
- changement de vos tarifs, de vos modes de paiement ou de vos zones de livraison ;
- lancement d’un nouveau produit ou d’un nouveau service ;
- modification de votre forme juridique ou de vos coordonnées.
Datez chaque version et conservez les anciennes. Une commande reste régie par les CGV en vigueur au jour où elle a été passée. Prévenez vos clients réguliers de toute modification substantielle afin d’éviter les contestations ultérieures.
Les erreurs à éviter
Quelques maladresses reviennent souvent et fragilisent la valeur juridique du document.
- Copier les CGV d’un concurrent : au-delà du risque de contrefaçon pour reproduction d’une œuvre protégée, vous récupérez des clauses inadaptées à votre activité et parfois illégales.
- Insérer des clauses abusives : une clause qui déséquilibre fortement le contrat au détriment du consommateur est réputée non écrite.
- Oublier de faire accepter les CGV : sans preuve d’acceptation, elles ne vous protègent pas.
- Négliger la mise à jour : des mentions périmées vous exposent à des sanctions et affaiblissent votre position en cas de litige.
- Confondre CGV et CGU : les conditions générales d’utilisation encadrent l’usage d’un site ou d’un service, pas la vente elle-même.
Questions fréquentes sur la rédaction des CGV
Peut-on vendre sans CGV ?
Oui pour une vente ponctuelle entre professionnels. Cette pratique reste toutefois fortement déconseillée. Face à un consommateur, l’information précontractuelle demeure obligatoire, même sans document intitulé « CGV ».
Faut-il traduire ses CGV ?
Si vous vendez à l’international, oui. Des CGV rédigées uniquement en français peuvent être jugées non opposables à un client étranger qui ne les comprend pas. Adaptez aussi le droit applicable au marché visé.
CGV et CGU, quelle différence ?
Les CGV régissent la transaction commerciale : prix, paiement, livraison. Les CGU encadrent l’utilisation d’un site ou d’une application. Un site e-commerce a souvent besoin des deux documents.
Un modèle gratuit suffit-il ?
Un modèle donne une trame utile. Il doit toutefois être adapté à votre activité, à votre clientèle et à la réglementation en vigueur. Une relecture juridique reste le meilleur moyen de sécuriser le document.
Ces informations sont fournies à titre général et ne constituent pas un conseil juridique personnalisé. Pour des CGV parfaitement ajustées à votre situation, le recours à un avocat ou à un juriste spécialisé demeure recommandé.


