La réponse tient en une phrase : diriger une entreprise ne suppose aucun diplôme ni aucune formation préalable. Vous pouvez présider une SAS ou gérer une SARL sans avoir passé le moindre examen. Cela ne signifie pas qu’aucune obligation ne pèse jamais sur vous. Selon votre activité et selon que vous employez ou non des salariés, plusieurs formations deviennent impératives.
Aucune obligation liée au statut de dirigeant lui-même
Le droit des sociétés n’exige aucune qualification pour occuper un mandat social. Être président de SAS, gérant de SARL, associé unique d’une SASU : aucune de ces fonctions n’est conditionnée à un parcours de formation. Le seul filtre est celui de la capacité juridique et de l’absence d’interdiction de gérer.
Cette liberté se lit dans les chiffres : selon l’INSEE, environ 15 % des dirigeants en exercice n’ont aucun diplôme reconnu par l’État, et 20 % se sont arrêtés au baccalauréat.
Les obligations viennent de l’activité, pas du mandat
C’est ici que se situe la vraie zone d’obligation, et elle est souvent négligée. Si votre activité est réglementée, vous devez détenir une qualification ou suivre une formation précise pour l’exercer. L’exigence porte alors sur le métier, pas sur votre rôle de dirigeant.
Quelques exemples parmi les plus fréquents :
- Restauration et métiers de bouche : la formation à l’hygiène alimentaire, dite HACCP, est obligatoire pour tout établissement de restauration commerciale. Au moins une personne de l’équipe doit l’avoir suivie.
- Débit de boissons : le permis d’exploitation conditionne la délivrance de la licence.
- Transport routier de marchandises ou de personnes : l’attestation de capacité professionnelle est requise.
- Métiers artisanaux réglementés : coiffure, esthétique, boulangerie, plomberie, électricité, métiers du bâtiment. Un diplôme ou une expérience professionnelle validée est exigé.
- Professions réglementées : santé, droit, comptabilité, immobilier, chacune avec ses propres conditions d’accès.
Vérifiez systématiquement le régime de votre activité avant l’immatriculation. Une activité exercée sans la qualification requise expose à des sanctions et à la nullité de certains contrats. Le stage de préparation à l’installation (SPI), longtemps obligatoire pour les artisans, ne l’est plus depuis la loi PACTE. Il reste proposé par les chambres de métiers et conserve un intérêt réel pour qui découvre la gestion.
Les obligations qui naissent avec l’embauche
Dès que vous employez, une seconde couche d’obligations apparaît, cette fois au titre de la sécurité au travail. L’employeur doit garantir la santé et la sécurité de ses salariés. Cela se traduit par des formations obligatoires à organiser, notamment la formation à la sécurité au poste de travail pour tout nouvel entrant, et la présence de salariés formés aux premiers secours dans certaines configurations.
Vous n’êtes pas nécessairement la personne formée. Mais vous êtes la personne responsable de l’organisation de ces formations, et votre responsabilité peut être engagée en cas de manquement. Selon votre secteur, certaines obligations spécifiques s’ajoutent, comme la formation sécurité obligatoire dans le BTP.
Les formations facultatives qui changent la donne
Au-delà des obligations, la question devient stratégique. Diriger une entreprise suppose de porter plusieurs casquettes simultanément : comptable, gestionnaire, commercial, manager, négociateur. Peu de créateurs maîtrisent l’ensemble. Les domaines qui reviennent le plus dans les besoins exprimés :
- lire un bilan et un compte de résultat pour prendre des décisions financières ;
- anticiper sa trésorerie et construire un prévisionnel ;
- calculer un coût de revient et fixer des prix justes ;
- construire une stratégie commerciale et prospecter ;
- comprendre les mécanismes fiscaux et sociaux de sa structure ;
- manager une équipe.
Se former ne sert pas seulement à faire soi-même. Cela sert aussi à savoir déléguer intelligemment. Les chambres de commerce et d’industrie et les chambres de métiers proposent des ateliers courts et des parcours structurés. Le CNAM, l’AFPA, les centres de gestion, les fédérations professionnelles et les organismes privés complètent l’offre. France Travail organise des parcours d’accompagnement pour les créateurs inscrits.
Comment financer votre formation
Vous cotisez déjà pour votre formation. Autant utiliser ce droit.
Si vous êtes travailleur non salarié
Entrepreneur individuel, micro-entrepreneur, gérant majoritaire de SARL, associé unique d’EURL, associé de SNC : vous versez une contribution à la formation professionnelle qui alimente un fonds d’assurance formation. Le fonds compétent dépend de votre activité :
- Agefice pour les dirigeants d’entreprises commerciales ;
- FIFPL pour les professions libérales ;
- FAFCEA pour les chefs d’entreprises artisanales.
La démarche a ses délais. Connectez-vous à votre espace URSSAF pour récupérer votre attestation de paiement de la CFP. Déposez ensuite votre demande de prise en charge auprès de votre fonds, au minimum un mois avant le début de la formation. Une demande postérieure au démarrage n’est pas recevable.
Si vous êtes assimilé salarié
Président de SAS ou de SASU, gérant minoritaire de SARL : vous relevez du régime général et disposez des mêmes droits à la formation qu’un salarié. Le compte personnel de formation (CPF) est mobilisable. Attention au reste à charge : même lorsque vos droits couvrent l’intégralité du coût, une participation forfaitaire d’environ 100 € reste due. Les OPCO peuvent également financer certaines formations.
Le crédit d’impôt formation du dirigeant
Ce dispositif permettait de déduire de l’impôt les heures de formation suivies par le dirigeant, dans la limite de 40 heures par an, sur la base du SMIC horaire. Son régime a évolué et sa reconduction n’a pas été systématique. Vérifiez son statut en vigueur pour l’exercice concerné auprès de votre expert-comptable avant de fonder votre budget dessus.
En pratique, que faire
Trois vérifications suffisent avant de vous lancer :
- Regardez d’abord si votre activité est réglementée : c’est là que se cachent les vraies obligations, et leur oubli bloque purement et simplement le démarrage.
- Identifiez ensuite votre fonds de financement selon votre statut social. C’est ce qui déterminera ce que vous pouvez faire prendre en charge.
- Choisissez enfin vos formations en fonction de vos angles morts réels, pas de ce que le catalogue met en avant.
Le temps passé en formation n’est pas du temps perdu : il se rembourse en décisions mieux prises.


