Créer une SASU seul en 2026 : étapes, coût et aides

La SASU reste le statut préféré des entrepreneurs qui se lancent en solo. Consultants, VTC, artisans, freelances : sa souplesse statutaire et la protection du patrimoine personnel expliquent son succès. Mais entre le durcissement de l’ACRE au 1er janvier 2026 et le poids des cotisations sociales du président, la création demande un minimum de préparation. Voici ce qu’il faut savoir avant de vous lancer seul.

Ce qu’est réellement une SASU

La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est simplement une SAS avec un seul associé. Elle est régie par les articles L227-1 à L227-20-1 du Code de commerce et constitue une personne morale distincte de son fondateur, dotée d’un patrimoine propre.

Deux caractéristiques structurent tout le reste :

  • Votre responsabilité est limitée au montant de vos apports. Sauf faute de gestion ou caution personnelle, votre patrimoine privé n’est pas engagé.
  • Vos statuts sont quasiment libres. Contrairement à la SARL très encadrée par la loi, la SASU vous laisse organiser la gouvernance comme vous l’entendez. C’est un avantage réel mais aussi un piège : ce que vous oubliez d’écrire ne sera pas suppléé par des règles de bon sens.

Le capital social minimum est de 1 €. Personne ne vous en empêchera, mais un capital symbolique envoie un signal médiocre aux banques et aux partenaires. Calibrez-le sur les besoins réels de démarrage.

SASU ou EURL : le vrai arbitrage

C’est la question qui revient systématiquement. Elle se tranche sur le régime social du dirigeant.

En SASU, si vous vous versez une rémunération, vous êtes assimilé salarié et rattaché au régime général. La protection sociale est confortable, mais le total des cotisations avoisine 80 % de la rémunération nette. En EURL, le gérant relève du régime des travailleurs non salariés, avec des charges d’environ 45 % du revenu et une couverture plus légère.

L’écart est considérable et il conditionne votre trésorerie des premières années. Nombre de présidents de SASU choisissent donc de ne pas se rémunérer au départ. Attention : sans versement effectif, aucune cotisation minimale n’est due mais aucun droit n’est acquis non plus. Ni retraite, ni couverture maladie. C’est un choix qui se pilote, pas un oubli.

Précision qui a son importance : même assimilé salarié, le président de SASU ne cotise pas à l’assurance chômage.

Les quatre étapes de la création

Rédiger les statuts

C’est l’étape structurante. Les statuts doivent obligatoirement mentionner la dénomination sociale, l’objet social, l’adresse du siège, le montant du capital, le mode de direction et les conditions de désignation du président. Vous pouvez y ajouter des clauses d’agrément ou de préemption pour encadrer une future entrée d’associé.

Une astuce peu connue : ne précisez pas dans vos statuts que la société est à associé unique. Le jour où vous ouvrez le capital, le passage en SAS s’en trouve facilité. Si des mentions essentielles manquent, vous risquez de vous voir appliquer par défaut le régime de la société anonyme, nettement plus rigide.

Constituer et déposer le capital social

Le capital peut être constitué d’apports en numéraire, en nature ou en industrie (qui n’entre pas dans le capital). Attention sur les apports en nature : en SASU, l’évaluation par un commissaire aux apports est requise quelle que soit la valeur du bien, sans seuil de dispense comme en SARL.

Seuls les apports en numéraire font l’objet d’un dépôt sur un compte bloqué en banque ou chez un notaire. Vous devez libérer au moins la moitié à la création, le solde dans les cinq ans. Comptez 70 € à 100 € en banque en ligne, environ 100 € HT chez un notaire.

Publier une annonce légale

L’avis de constitution doit paraître dans un journal d’annonces légales habilité du département de votre siège social. Budget : environ 140 € à 150 €. Vous recevez une attestation de parution.

Immatriculer la société

Tout passe désormais par le guichet unique de l’INPI, sur formalites.entreprises.gouv.fr. Pièces à joindre :

  • les statuts datés et signés ;
  • l’attestation de dépôt du capital ;
  • l’attestation de parution au JAL ;
  • un justificatif de domiciliation du siège ;
  • la pièce d’identité du dirigeant ;
  • la déclaration de non-condamnation et de filiation ;
  • la déclaration des bénéficiaires effectifs.

Une fois le dossier validé par le greffe, le Kbis arrive généralement sous une à deux semaines.

Combien coûte une création de SASU en 2026 ?

Les frais de greffe sont incompressibles : environ 34 € pour l’immatriculation au RCS et 19 € pour la déclaration des bénéficiaires effectifs, soit un peu plus de 53 €. À cela s’ajoutent l’annonce légale (140-150 €) et le dépôt de capital (70-100 €).

Reste la rédaction des statuts, dont le coût dépend entièrement de votre choix :

  • seul, à partir d’un modèle : 0 €, mais le risque juridique est réel si vous n’avez aucune notion de droit des sociétés ;
  • via une plateforme juridique en ligne : environ 200 € ;
  • via un avocat ou un expert-comptable : entre 1 500 € et 2 500 €.

Autrement dit, une SASU créée seul revient à environ 250 € de frais obligatoires. Une SASU créée via une plateforme tourne autour de 450 €. Créer une SASU gratuitement n’est pas possible.

Le bon moment pour se lancer

La date de création n’est pas neutre. Immatriculer au 1er janvier aligne votre exercice comptable sur l’année civile et simplifie durablement vos déclarations. Reporter la création en début d’année vous fait aussi économiser une année de cotisation foncière des entreprises. L’argument inverse existe : si un dispositif d’aide doit être durci au 1er janvier suivant, mieux vaut immatriculer avant. C’est exactement ce qui s’est produit avec l’ACRE.

Les aides encore disponibles en 2026

L’ACRE, nettement moins généreuse

Le dispositif a été sérieusement resserré au 1er janvier 2026. Trois changements à retenir. L’aide n’est plus accordée automatiquement : vous devez déposer une demande explicite auprès de l’URSSAF dans les 60 jours suivant l’immatriculation, faute de quoi vous perdez le bénéfice. L’éligibilité est désormais réservée à des profils précis (demandeurs d’emploi indemnisés, moins de 26 ans, bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, titulaires d’un CAPE, créateurs en ZFRR, repreneurs d’entreprise en difficulté). Et le taux d’exonération, qui pouvait atteindre 100 %, est plafonné à 25 % des cotisations dues pour les sociétés.

Le maintien de l’ARE et l’ARCE

Si vous êtes indemnisé par France Travail, vous pouvez continuer à percevoir votre ARE tant que vous ne vous rémunérez pas. Alternative : l’ARCE, qui verse 60 % du reliquat de vos droits sous forme de capital, en deux fois. L’ARE et l’ARCE ne sont pas cumulables entre elles. En revanche, l’ARCE est cumulable avec l’ACRE.

La fiscalité de votre SASU

Par défaut, la SASU relève de l’impôt sur les sociétés : 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà. Une option pour l’impôt sur le revenu est possible pour les sociétés de moins de cinq ans, sous conditions.

Sur les dividendes : ils ne supportent aucune cotisation sociale en SASU. Ils sont imposés au prélèvement forfaitaire unique au taux de 31,4 % en 2026, avec possibilité d’opter pour le barème progressif. D’où l’arbitrage classique du président solo : une rémunération minimale pour valider ses trimestres de retraite, complétée par des dividendes pour alléger la pression sociale.

Côté TVA, les seuils de franchise en base restent inchangés en 2026 : 85 000 € pour la vente et l’hébergement, 37 500 € pour les prestations de services. Pour les cas où l’activité devient difficile à équilibrer, notre article sur la dissolution sans liquidation détaille les issues possibles.

Questions fréquentes

Peut-on créer une SASU en étant salarié ?
Oui, rien ne l’interdit, sous réserve d’une éventuelle clause d’exclusivité dans votre contrat de travail et d’un devoir de loyauté envers votre employeur.

Combien de temps faut-il pour créer une SASU ?
Comptez une à deux semaines après dépôt du dossier complet sur le guichet unique. La rédaction des statuts et le dépôt de capital allongent le délai réel à trois ou quatre semaines en moyenne.

Faut-il un expert-comptable pour créer une SASU ?
Ce n’est pas obligatoire. Il devient utile dès que se posent des questions d’optimisation (arbitrage salaire/dividendes, option IS ou IR) ou de tenue comptable régulière.

Comment passer de SASU à SAS ?
Il suffit de céder une action ou de faire entrer un nouvel associé. La transformation est automatique, sans formalité lourde.

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